Partager l'article ! TransEurope 2009 - 64e étape. René Strosny, le geste d'un gentleman: Dernière MAJ lundi 22H54 64e étape : la der ! Mautstelle/Ho ...
depasseur de bornes
Christine David
Dernière MAJ lundi 22H54
64e étape : la der !
Mautstelle/Honningsväg - Nordkapp, 45.7 km
4487.7 km au compteur pour les 45 survivors ! Il n'y a pas de qualificatif à la hauteur de ce qu'ils ont fait dans des conditions rendues extrêmement difficiles par les éléments (froid,
pluie). Ils sont devenus des extra-terrestres !
"Le départ de la 64è, on dirait un départ d'expédition vers le Pôle Nord" (JBJ)
J'imaginais qu'il y aurait 45 coureurs sur la photo de cette 64e et dernière arrivée. Utopie ? Mais l'utopie n'est-elle pas l'un des fondements de l'ultra
?
Etonnement voire déception ! Alors que j'imaginais un regroupement
collectif, une communion, un partage de tous les coureurs pour déguster tous ensemble l'émotion de cette dernière Finish Line, il semble au vu des premiers résultats (9 arrivants au
moment où j'écrivais ces premières lignes) publiés sur le site officiel que celle-ci ait été finalement courue comme les autres, comme une étape ordinaire ... Avec un
vainqueur, un deuxième, un troisième, .., avec des chronos. Mais, peut-être certains étaient-ils trop pressés d'en finir pour attendre les moins rapides, les éclopés, les
"qui-n'en-peuvent-plus". Peut-être qu'ils étaient quelques-uns à n'en plus pouvoir de cette aventure et qu'il fallait surtout qu'elle se termine. Peut-être qu'il aurait fallu simplement que
l'un d'eux prenne la décision et que nul ne l'a fait. Peut-être aussi que personne ne sait au juste pourquoi cela s'est passé ainsi ... Mais que cela s'est passé ainsi. Après tout, cela leur
appartient à eux seuls !
LE geste de la TransEurope 2009 : René Strosny.
Au vu du classement du Takasumi Senoo et de René Strosny (15es ex-aequo) et de leur temps pour courir ces 45 bornes
(près de 6 heures), on peut penser que les armes étaient déposées, qu'ils avaient dû finir "en roue libre". Sans histoire aucune à raconter.
Que nenni ! Qu'on le sache, aujourd'hui, Takasumi n'en pouvait plus !
Et René Strosny qui n'avait que 5'47" à lui reprendre pour lui chiper in extremis la deuxième place du podium, s'était largement détaché : rendez vous compte : 20 minutes les séparaient
après 29 km de course ...
Jusqu'au moment où, après le dernier ravitaillement, René a choisi de ... ralentir puis de s'arrêter juste avant la ligne et attendre Takasumi autant de temps qu'il le faudrait afin
qu'ils terminent ensemble l'étape. (D'où le temps de près de 6 heures ...)
Ce faisant, René Strosny savait parfaitement qu'il sacrifiait la deuxième place finale.
Une belle page de l'Histoire de l'ultra et de la TransEurope venait de s'écrire grâce à René Strosny qui est décidément un grand champion et un exceptionnel gentleman !
"Ces mecs-là sont des géants, et pas seulement par leurs qualités physiques. " (JBJ)
- Le poids des mots : "Aujourd'hui, le vent sortait directement de l'enfer ! Avec des pluies et le froid, des grêlons et plusieurs bonnes montées et cols, il
fallait en vouloir ou devoir finir une incroyable chose pour laisser sa trace sur un classement !
... J'ai crié à l'arrivée plusieurs fois comme une bête pour évacuer le stress des derniers jours et la peur de me louper tout à la fin. La dernière était un vrai cauchemar, j'ai
commencé à en être sûr de la finir qu'à partir de 5 km de l'arrivée. La tempête ne pouvait plus m'en empêcher ou plus rien d'autre. Expérience pleine de sensation mais
qui restera unique pour moi, recommencer serait de la folie! La dernière semaine a été très dure à cause de la météo et je n'en avais plus qu'assez ! Mentalement, j'ai aussi du
me surpasser, pour une course de un jour, peu finirait même sans la fatigue du jour de la course précédente, ou bien il renoncerait à se rendre au départ en voyant la météo.
Je suis très content et fier d'avoir terminé et que ce soit enfin fini. Les trois derniers jours, je crois que personne n'a eu de plaisir, sinon de finir. J'ai
beaucoup pensé que la dernière étape serait une formalité, on a lutté contre l'élément comme jamais." Christian Fatton
- Le poids des mots (2) : "Pour ma part, j’ ai une casquette polaire avec rabat, un foulard, deux polaires, un KWay cycliste, des
gants de facteur, un corsaire et un fuseau, des chaussettes laines autour des chevilles. Je suis pourtant endurci mais je souffre énormément du froid. Arrivée au Cap Nord à 13H15. Aucune émotion,
on en a eu tellement pendant la course. La messe est dite ..." Gérard Denis
- Le poids des mots (3) : "..., à deux kilomètre de l'arrivée, j'ai eu la possibilité de disputer une place sur le podium mais j'ai préféré laisser partir pour pouvoir
téléphoner à Marielle et vivre ce moment avec elle, en direct." Stéphane Pélissier
Sinon, le classement du jour est ICI.
Les 45 sont allés au bout de leur rêve !
Okuno Tomoko a mis 8H19'49" pour parcourir les 45 dernières bornes.
Cela faisait déjà quatre heures que Rainer Koch avait posé en beau et grand vainqueur pour la photo d'arrivée.
Peut-être faut-il voir là une explication de la non arrivée à quarante cinq coureurs groupés ...
LES PODIUMS
Classement scratch
1- Rainer Koch (ALL) les 4487, 7 km en 378H12'44" (11,865 km/h)
2- Takasumi Senoo (JAP) 406H59'43"
3- René Strosny (ALL) 407H05'30"
Classement féminines
1- Furuyama Takako (JAP) 529H06'05" (8,482 km/h)
2- Elke Streicher (ALL) 536H01'19"
3- Kazuko Kaihata (JAP) 615H08'37"
LES FRANCAIS
10- Stéphane Pélissier 466H11'11" (9,626 km/h)
26- Roger Warenghem 564H43'22"
27- Alain Lemarchand 566H06'50"
31- Gérard Denis 611H22'08"
Cet après midi toute entière réservée à l'émotion, je pense à tous les coureurs qui ont réalisé leur rêve, à ceux qui ont dû y renoncer, aux bénévoles qui ont, eux aussi, à leur manière
fait leur TransEurope et à qui les finishers doivent tant.
Je pense très fort à mes potes, devenus un peu plus aujourd'hui mes dieux vivants.
A Gérard Denis qui ajoute cette aventure majuscule à un palmarès déjà extraordinaire (2 Transe Gaule, 1 Deutschlandlauf, 1 Milkil entre 2005 et 2008) et risque fort, en guise de
décrassage, de prendre dans moins de deux mois le départ d'une deuxième MilKil de St Malo à Sète, un jeu des 1000 bornes à terminer en 12 jours au maximum. Gérard incarne la force tranquille.
Avec lui, on se lancerait dans n'importe quel défi d'ultra ... Le mois prochain, les 18 et 19 juillet, une course portant son nom va être organisée dans son département du Finistère à
l'initiative de Jean-Benoît Jaouen : La "Gérard Denis", une Trans 29 en 2 étapes
pour fêter le héros.
On ne peut penser à Gérard sans penser à Nicole Denis, embarquée par Ingo Schulze en tant que bénévole après avoir déjà assuré ce rôle tout à fait essentiel pour les
coureurs sur la Transe Gaule et la Deutschlandlauf. Surnommée "la fée des frenchies", elle a mitonné bien souvent des petis plats fort appréciés des coureurs français qui ont attribué plein
d'étoiles au "restaurant du camion rouge immatriculé dans le 29". 64 étapes, c'est une sacrée perf pour les bénévoles aussi. Chaque jour, elles et ils ont attendu les derniers coureurs dans le
froid, sous la pluie pour leur donner tant d'eux-mêmes, les rassurer, les encourager, les écouter.
A Roger Warenghem qui a appris sur la course la disparition de son beau-père et qui a réussi à aller au bout parce que celui-ci avait manifesté auprès de Flo, sa fille, la
volonté que Roger ne quitte pas l'aventure et aille jusqu'au Cap Nord. Toujours placé devant Alain Lemarchand sur les images transmises par l'organisation, je n'en reviens pas de mesurer quelle
force, quelle volonté se dégageaient de son regard. Je me rappelle aujourd'hui de ces fins d'étapes de la Transe Gaule 2008 où Roger m'accompagnait avec tant de générosité alors que son genou
était touché par l'arthrose et qu'il était alors en plein doute vis à vis de son propre avenir dans la course à pied. Par solidarité, tout simplement ! Il est comme ça, Roger. En
partant pour Bari avec une préparation très "économe pour son genou", Roger était loin d'être sûr de franchir ne serait-ce que cinq ou dix étapes ... Aujourd'hui, après une
Transe Gaule et une Deutschlandlauf, ... il l'a fait. Comme avec Gérard, on pourrait se lancer dans n'importe quel défi d'ultra avec lui.
A Christophe Midelet, que j'avais choisi comme "coach perso" (avec Patrick Bonnot auquel je pense naturellement aussi aujourd'hui) lors la No Finish Line
2006, mon premier multidays. Touché très tôt dans la course, il s'est littéralement dépouillé pour aller au bout de la partie italienne de la course. Sans doute un peu trop. Il a dû consentir à
s'arrêter quelques jours. Mais, passionné et amateur au sens noble d'ultra, il est revenu dans la course sans dossard et hors classement pour aller au Cap Nord. Lorsqu'on a abandonné une
fois, qu'on est hors-course, je me dis qu'il faut une dose hors norme de courage et d'abnégation pour ne pas céder de nouveau. A fortiori dans les conditions météo qui les ont accompagnés sans
relâche. C'est si facile de dire "A quoi bon" et de revenir au chaud. Je suis admiratif de ce qu'a fait Christophe. Autant de ce qu'ont fait les coureurs classés et je m'en fous qu'il lui manque
des kilomètres et des étapes.