Chroniques de J.H. Duchesne

Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /Août /2010 00:35

 

Jean-Hervé Duchesne* avait accepté de publier ses chroniques de la TransEurope 2009 sur depasseur-de-bornes.

Je retrouve ce soir celle qu'il avait consacré à l'édition 2005 de la Transe Gaule et ne puis résister à publier cette pépite pleine d'émotions qui vous fera imaginer ou revivre une Transe Gaule.

 

 

 

Reçus 24 sur 24 (une chronique de Jean - Hervé Duchesne*)

 

Parmi les nombreux temps forts de cette année d’ultra-endurance, un événement ressort particulièrement : le 3 septembre 2005, sur les plages de la Méditerranée, 100% des participants viennent à bout de la Transe Gaule.

Un cas quasi unique sur les courses longues. Retour sur une course qui, au-delà d’une performance individuelle, restera un moment fort, partagé entre 24 coureurs venus de 5 continents.


Au petit matin, quelque part en France
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5h20, dans un gymnase, quelque part en France. Une main accroche de la lumière à quelques néons. On se souvient à peine du village où l’on se trouve, on ignore où l’on sera le soir. Peu importe, la première préoccupation avant même de quitter le duvet : les douleurs de la veille sont-elles toujours là ce matin ? Puis-je bouger les jambes ? pourrais-je au moins marcher ? Il vaudrait mieux ! Aujourd’hui, selon les coureurs, il y a entre 6 et 11 heures à passer sur le bitume.

Les coureurs s’ébrouent, quittent leur duvet, commencent à plier leurs affaires. Dans un peu plus d’une heure, il faudra repartir. Déjà la course contre la montre qui reprend ses droits. Se dépêcher de se préparer, arriver avant les délais éliminatoires, se dépêcher de récupérer. Une spirale sans fin.

« Guten Tag Sigrid », « Hello Don » « Alligato Hiroko », on ne se connaît que depuis quelques jours, mais déjà les habitudes sont prises.

Une planche sur quelques tréteaux. Un réchaud à gaz, quelques bouilloires dans un enchevêtrement de fils électriques. J’aime ce moment intime partagé souvent avec Patrick, Christophe, Alain, Jacquemine …. Le petit déjeuner n’a rien de diététique. Du pain, du beurre, du café, des Bolino. L’allure de course est si faible, pas besoin d’avoir digéré pour prendre le départ. Et puis, sinon cela obligerait à déjeuner à 3 heures du mat ! La nuit et les temps de récupération sont déjà si courts.

6h30 : Le gymnase est vide. Les sacs rejoignent les camions d’assistance. Certains s’étirent. Quelques derniers soins. Un peu de vaseline. Tiens, l’ampoule semble propre. Mince, la tendinite est encore là. Enfin la cheville est moins enflée. Premières sensations de la journée. Ca va être dur ou ça va aller mieux ?

On s’entasse dans un camion, qui nous emporte vers la ligne de départ. Debout, serrés, ballottés dans les virages, c’est pourtant un moment fort. Nous sommes ensemble. Cette proximité, cette intimité rassure. Ensemble pour le départ, ensemble pour l’étape. Depuis quelques jours a dépassé la dimension individuelle. L’enjeu n’est plus seulement d’arriver à Gruissan, il est d’arriver au complet, à 24 coureurs.

6h50 : ligne de départ. Le départ est donné à l’exact endroit de la ligne d’arrivée la veille. J’adore cette idée de continuité dans la course, de devoir franchir en courant chaque mètre séparant la Manche de la Méditerranée.

A part les coureurs et les accompagnateurs, nous sommes seuls. Dans un complet anonymat. Parfois, un journaliste local prend quelques photos.

Nous nous regroupons autour de Jean-Benoît Jaouen, l’organisateur. Un court briefing, sur le parcours, le dénivelé, les ravitaillements, le délai éliminatoire, … Rapide traduction de Russel, Anglais émigré au Texas, et qui souffre depuis deux jours d’énormes inflammations aux jambiers antérieurs.

J’écoute en règle générale à peine le briefing. Le premier jour, sur le port de Roscoff, j’avais encouragé et serré la main de chaque coureur. Roscoff est à présent 600 kilomètres derrière nous, mais l’habitude est prise. C’est même devenu l’un de mes gestes fétiches. Je n’envisage plus de prendre le départ de l’étape sans ce rituel.

 

 

Des silhouettes hésitantes

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Le drapeau s’abaisse. C’est reparti. Quelques portions de marche pour chauffer les membres. Où sont les douleurs ? Quelles sont les améliorations par rapport à hier ? Devant, les coureurs les plus rapides, ceux que je ne reverrai que le soir, prennent le large. Trond et Bernard sont déjà ensemble. Ils se battent pour la 2ème place et ne se lâchent pas d’une semelle. Sebastiaõ est parti plus prudemment. Multiple champion de 24h (record à 232 km) au Brésil, il a attaqué la Transe Gaule plein de certitudes, attaquant sans relâche lors des trois premières étapes, inaccessible le soir, enfermé dans sa concentration. Et puis il n’a pas tenu la distance, il s’est épuisé, il s’est blessé. Il a commencé à rétrograder au classement général. Et un soir, en pleurs, il s’est excusé de son comportement. Combien d’entre nous ont ainsi réussi, grâce à cette course, à se remettre en question ?

Le petit peloton de disloque vite. De derrière, j’observe mes amis. Pauvres pantins, démarches brinquebalantes. Dans les prémices du jour naissant, nous sommes loin de donner une image positive de la course à pied.

Et puis, c’est le miracle qui se renouvelle de matins en matins. Les membres s’assouplissent, les articulations retrouvent une certaine souplesse, les douleurs s’estompent, ou s’atténuent, au fil des kilomètres. J’ignore encore comment cela peut se produire. Des coureurs avec des chevilles enflées, plus épaisses que le genou, se mettent à courir, effaçant leur douleur derrière on ne sait quelles réflexions. Ces coureurs, dont la veille au soir, certains peinaient à marcher, repartent pour couvrir leurs 65 kilomètres quotidiens.

Chacun court à son rythme. Parfois, il est possible de rester une dizaine de kilomètres sans pouvoir rattraper le coureur devant, si près et à la fois si loin. De toute façon, il devient risqué de forcer. Les douleurs, voire les blessures rappellent vite à l’ordre.

Les premiers coureurs sont déjà hors de vue. Entre Janne qui galope à 12 km/h et Sigrid ou moi avec nos 7 km/h, les écarts se creusent vite. Devant, j’observe les positions. Daniel part prudemment et a recours fréquemment à quelques foulées de marche. Il accélérera par la suite. Mattias a l’air d’aller mieux, Jean-Pierre et Fabrice boitent et serrent les dents, Alain et Christophe font course commune, Eric conserve sa foulée souple qui pourrait l’emmener jusqu’au bout du monde. Il n’en demande pas tant. Sa seule pensée est de rallier l’étape ce soir, et puis Gruissan dans quelques jours.

Derrière, j’entends frotter la canne de Patrick sur le bitume. Un passant, pris de sollicitude, la lui a donnée, lorsque Patrick, au sortir de la Bretagne ne pouvait même plus marcher. Bientôt, comme chaque jour, il me dépassera. Je serai alors seul pour le reste de la journée, à l’avant dernière place. Sigrid derrière est notre serre-file.

Sigrid est une femme stupéfiante : à 64 ans, elle court et marche en boitant, au rythme très régulier de 6 km/h. Elle a terminé la Badwater il y a un mois. Et après la Transe Gaule, elle prendra part une semaine plus tard à la Deutschlandlauf (traversée de l’Allemagne de 1200 kilomètres). Elle y sera éliminée suite à une arrivée trop tardive. Elle mettra cependant un point d’honneur à terminer la course hors classement malgré tout.

Tant que Sigrid est derrière, c’est bon signe, il n’y a pas de risque d’élimination. Ca n’a pas été toujours le cas. Etape 7, je suis passé à dix minutes de la barrière horaire éliminatoire à l’arrivée. Planté sur le bitume avec une tendinite à chaque releveur du jambier. Neuf heures de marche forcée. Douleur à chaque pas. Une sale journée. Vraiment. Ne plus y penser. Seulement apprécier la chance de pouvoir à nouveau courir. Seulement s’émerveiller de voir son corps repartir le matin, et guérir malgré les kilomètres.
 

 

 

Des paysages inexplorés

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Et le bitume défile. Après quelques étapes initiales délicates, et hormis les blessures, les organismes se sont à présent habitués à l’effort. Nous avons perdu quelques kilos, nos capacités foncières sont développées, nos besoins en ravitaillement se sont affinés.

Peu à peu, la nécessité de recourir à la marche se fait moindre, le corps s’est habitué à courir longtemps. Des pensées surprenantes surgissent « Allez il reste juste un semi marathon », « Dans 3 heures on en aura fini ».

Ne reste plus qu’à profiter des paysages : le franchissement de la Loire dans la brume matinale, les vignes des coteaux du Layon, une journée dans les brumes limousines, une montée franche dans la pinède vers le plateau de Millevaches, un magnifique lever de soleil derrière le Puy de Dôme, les centaines de cloches accrochées au cou des vaches en approchant de Salers, le chemin de crêtes au sommet du Cantal, une descente interminable vers les gorges du Tarn, …

Alors bien sûr, parfois, au milieu de paysages que même les cartes postales n’ont jamais déflorés, la douleur, la fatigue ou la lassitude apparaissent. Chacun développe alors ses propres mécanismes mentaux pour continuer à avancer. Jan passe le temps en écoutant de la musique, Patrick compte ses pas, Fabrice se fixe un délai pour atteindre l’église du prochain village, Mattias imagine que c’est l’arrivée qui vient à lui.

Surtout, ne penser qu’à l’étape en cours, Surtout ne pas penser à la distance globale restant à parcourir. Autant nos corps sont prêts pour franchir la distance. Autant nos esprits l’appréhendent mal. Difficile de se convaincre, dans un moment difficile, que l’arrivée est proche, alors qu’il reste encore 500 kilomètres à parcourir à la force de jambes bien fatiguées.

Et puis au fil des étapes, un nouvel élément de motivation apparaît. Arriver tous les 24. A partir de la mi-course, dans un village au nom évocateur de Saint-Sulpice les feuilles, l’idée de finir au complet a pris corps. La course, notre course a commencé à ne plus nous appartenir. Un nouvel objectif s’est immiscé dans les esprits. Arriver tous les 24. Etre tous ensemble sur la photo à Gruissan. Dès lors, nous n’avions individuellement plus le droit d’abandonner. Pour le groupe, autant que pour nous, il fallait arriver à Gruissan ensemble.

Et nous l’avons fait. Et symboliquement, la majeure partie des coureurs s’est regroupée deux kilomètres avant la banderole finale sur la plage de Gruissan, afin de terminer cette course comme elle avait commencée. Tous ensemble."


Et voilà, à présent, j'ai du mal à me remotiver pour la course à pied. J'aime toujours beaucoup courir, je prends du plaisir en courant, mais je n'éprouve plus ce besoin de courir tous les jours, et j'ai du mal à me remotiver pour une quelconque épreuve.

 


finishers05.jpg

                     A gauche, J.H. Duchesne*. A ses côtés, quelques gaulois parmi les 24 gaulois 2005                                             

 

Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Dimanche 21 juin 2009 7 21 /06 /Juin /2009 11:05


La chronique de Jean-Hervé Duchesne


Aujourd'hui, nous allons être nombreux à avoir nos pensées tournées vers la course et vers le Cap Nord. Je pense notamment aux coureurs qui ont pris le départ à Bari et qui se sont arrêtés pour une raison ou pour une autre (blessures mais aussi vague à l'âme, promiscuité, ...). A Christophe Midelet qui invisible des classements depuis son abandon à l'étape 16, a repris du collier et vient de s'enquiller consécutivement la fin de l'Allemagne et toute la Scandinavie. A Fabrice Viaud qui a dû stopper dans le finish pour un pépin quasiment impossible à anticiper. A Jean-Benoit Jaouen qui est venu en repérage sur les 21 premières étapes. A Hiroko, à Ahn, à Jürgen, à Theo, à Jenny, ... qui se sont arrêtés avant l'heure

Mais bien sûr, aujourd'hui, les vedettes ce sont les coureurs. Qu'avez-vous fait de chacun de ces derniers 64 jours ? Eux le savent parfaitement: ils ont traversé l'Europe, par tous les temps (et surtout par temps de pluie d'ailleurs), par tous les reliefs, par tous les paysages. Ils n'ont pas eu vraiment de liberté, ni de temps libre depuis 64 jours: lever à 4h, pipi à 4h15, matelas roulé à 4h30, petit-déjeuner à 5h, et ainsi de suite jusqu'au dodo. Ils n'ont pas eu non plus beaucoup de décision à prendre à part "Je continue ou j'arrête". Mais ils ont pour la plupart vaincu leur Everest, préparé physiquement mentalement et financièrement depuis des années.

Ce soir, ce seront d'autres hommes, d'autres femmes. Eux-mêmes auront peut-être changé. Ils peuvent avoir toute notre admiration. Ils ont traversé l'Europe à coup de petite foulée, à coup d'une addition de patience.

Alors que pouvait leur offrir de mieux l'organisation pour marquer la fin de leur quête. Une arrivée dantesque. Demain, seulement 45 bornes au programme (à peine un marathon!), mais honnêtement, rarement paysage n'a été le théatre d'une aussi bluffante ligne d'arrivée. Les coureurs vont partir du bord du mer, et en guise d'échauffement, un raidillon à 16%. Là-haut sur le plateau, ce ne sera que vastes étendues, lacs, lourds nuages, océans, rennes et falaises. Les coureurs pourraient être partagés entre le fait de gagner rapidement l'arrivée et le fait de conserver encore quelques instants d'admiration.

Les 2 dernières photos sont prises depuis la ligne d'arrivée. Pas trop mal non ? Ca vous donne envie ? Une prochaine édition (un peu raccourcie) serait annoncée dès 2011 ...





























































Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /Juin /2009 21:48



Avertissement : Comme précédemment, avant de lire ce texte signé Jean-Hervé Duchesne, munissez-vous d'une paire de ciseau et d'un tube de colle.
Car il s'agit en fait d'un texte - collage ...
Assurément un nouveau concept !



"Ce que vont voir les coureurs ... Demain samedi"
                  Un texte - collage de Jean-Hervé Duchesne





Demain Samedi, pour les coureurs, c'est J-2. Autant dire que qu'ils vont bientôt pouvoir souffler un peu. En plus, cette étape est plutôt "fastoche". Il y a bien 82 km au programme, mais bon, vu le foncier acquis à présent par le peloton, ça ne devrait pas être insurmontable. Surtout, l'étape est toute plate. Ca va les changer des étapes des semaines précédentes. La route longe un fjord en permanence (je vous épargne son nom un peu compliqué), c'est bleu, c'est beau (découper et coller ici photos 124 et 123), presque autant que ... le Golfe du Morbihan (bien obligé d'être un peu fayot, si je ne veux pas me remasser des pierres tout au long des 302 premiers kilomètres de la prochaine édition de la Transe-Gaule). Ouf !

Une seule route au programme (la E69) de la journée, et absolument aucun village traversé.

Le départ est magnifique car les coureurs vont passer au bord d'exploitations artisanales dédiées à la pêche. L'hiver ici, dans la nuit polaire, les marins n'ont pas la vie facile et doivent sortir par moins 30 pour aller pêcher. Ensuite, ils mettent tout leurs harengs à sécher pendant de longs mois sur des étais en bois, que les coureurs vont pouvoir admirer pendant une dizaine de bornes (pareil maintenant avec les photos 120 et 118).

Ensuite, ben, retour à des zones désertiques. La mer à tribord, la montagne à babord, et une route quasiment totalement plate. Cerise sur le gâteau, en raison de nombreuses et larges criques, chaque coureur pourra voir une bonne partie du reste du peloton. Avec des virages faisant parfois 7 ou 8 km, ils pourront jeter un oeil sur tous les coureurs qui les précédent ou qui les suivent d'une heure (collez là, les photos 136 et 135. Euh ... fallait les découper avant ...).

Désertique, en fait, pas tant que ça. Ils vont croiser où se faire doubler par une cohorte de camping-cars, qui montent au Cap Nord pour le soleil de minuit du solstice d'été. Mais à part les touristes, il n'y aura personne. Sauf des élans bien sûr (ce ne sont pas des rennes, contrairement à ce que l'on dit habituellement, photos 137 et 141). Les éleveurs les amènent ici en paturage l'été grâce aux ... Ferrys !

Etape idyllique donc, si ce n'était la présence de ... 2 tunnels. Un premier en début d'étape, long d'environ 3 km. Le second juste avant la fin : 7 kilomètres, dans un boyau creusé à même la roche, avec un éclairage défaillant, des murs humides, pas de marques au sol, bien évidemment pas de trottoirs ... (encore un effort de concentration : reste plus que la photo 126 et après c'est fini). Ce tunnel vise en fait à passer du continent jusqu'à l'île où se trouve le Cap Nord. C'est donc un long bout tout droit, qui descend pendant 3 bornes qui passe à ... - 230 mètres d'altitude, puis ... qui remonte pendant 3 kilomètres à 10% (si l'on en juge par les panneaux indicateurs). Sans virage, avec des campings-cars qui vont les frôler. Les plus lents risques d'y passer plus d'une heure ! Dangereux et surtout délicat pour les nerfs. Lampe frontale de rigueur ne serait-ce que pour voir où poser les pieds.

Heureusement, la ligne d'arrivée de l'étape en sera juste à la sortie. (Refermez votre tube de colle) Et là, la course sera presque finie. Juste une dernière petite étape de rien de tout, avant ce que beaucoup de coureurs (et sûrement pas mal de bénévoles aussi) attendent comme une délivrance
















photos 120 et 118

















photos 136 et 135

















photos 137 et 141


photo 126


Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Jeudi 18 juin 2009 4 18 /06 /Juin /2009 19:43


Avertissement : Avant de lire ce texte signé Jean-Hervé Duchesne, munissez-vous d'une paire de ciseau et d'un tube de colle.
Car il s'agit en fait d'un texte - collage ...
Assurément un nouveau concept !



"Ce que vont voir les coureurs ... Demain vendredi"
                                      Un texte - collage de Jean-Hervé Duchesne


Demain vendredi c'est J-3. Les coureurs vont quitter Alta situé au fond d'un golfe (pour les savants, en Norvège, on appelle ça des fjords. En Bretagne, ce sont des Abers, c'est la même chose, ce sont des vallées creusées par des glaciers. Mais ça fait plus classe de dire, "j'ai couru le long de l'Altafjorden" que j'ai couru près de l'Odet (dans le Finistère).

Cette étape est placée sous le signe du désert. Sur les 93 km, il va y avoir un seul village au milieu et ... un seul changement de direction. Autant dire que le road-book sera particulièrement succinct. Pour le routeur aussi (le ptit gars qui colle des flèches oranges au bord de la route depuis l'Italie et près de 4500 km), ça va aussi être bientôt la quille.

En quittant le fjord, les coureurs vont monter sur un plateau et du même coup vont quitter et laisser derrière eux les vastes forêts scandinaves. Signe rigolo, ils vont longer une station de ski située à ... 300 mètres d'altitude. C'est comme ça la Norvège. C'est le ski à la mer. Là-haut, sur le plateau. Le paysage est lunaire. Du fait de la ... latitude (on est à 68°N), et bien que l'altitude ne soit pas très impressionnante (environ 500 mètres), les arbres et donc les forêts n'ont plus droit de citer. Ça va sacrément changer les coureurs des paysages Suédois et Finlandais. Car contrairement à ce qu'on a tous appris dans nos livres de géographie, ben, après le cercle polaire (franchit par les coureurs il y a 600 kilomètres), c'est en fait comme avant : des forêts et encore des forêts !

La haut, sur le plateau, ça va donc être assez plat, (vous découpez soigneusement la photo 112 au bas de votre écran et vous la collez ici) avec des plaques de neiges (collez ici la photo 114. Fastoche, non ?), des lacs (gelés ou non) (un noisette de colle et hop ... collez là et maintenant la photo 109) , des rivières, des rennes. Des grands bouts droits avec vue imprenables. Si le temps est clément (il peut faire 15° au soleil), l'étape va être sympa car en raison de l'absence d'obstacle et des grandes routes droites, les coureurs vont rester très longtemps en vu les uns des autres (itou avec la photo 116). Si le vent du nord souffle, ça va être l'enfer: aucun obstacle pour couper le vent arctique, et cela pendant les environ 80 bornes que dure le plateau. Dur de lutter ainsi contre un adversaire invisible.

Ce qui sera en revanche sympa sur cette route, c'est que les premiers panneaux indiquant le cap nord apparaissent: les coureurs devraient connaître un petit moment d'émotion en voyant sur le plateau la mention "NordKapp 150 km". La fin n'est plus très loin. Attention à ce que cette émotion ne leur fasse pas oublier de prendre l'embranchement (reste plus que la photo 117 à découper. Pas d'erreur possible, c'est elle qu'il faut placer ici ...) : la E69 est la dernière route qu'ils vont suivre.
Après ? Ben, pas compliqué, c'est tout droit jusqu'à la ligne d'arrivée finale !



















                          photo 112                                                                      photo 114

















              photo 109                                                                       photo 116


                                                                       photo 117




Note :Afin qu'il n'y ait pas de quiproquo facheux, je tiens à préciser que la remarque de fort mauvais aloi faite à propos de l'Odet et du Finistère n'engage que son auteur, le sus-nommé Jean-Hervé Duchesne.
Je suis donc fondé à demander que toutes éventuelles représailles lui soient en conséquence personnellement et exclusivement réservées.
Signé : Thierry D. qui adore courir le long de l'Odet ...

Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Lundi 18 mai 2009 1 18 /05 /Mai /2009 11:27


CHRONIQUE DE L'ETAPE 10



Bon ça va faire un peu réchauffé, vu que ça date déjà d’il y a presque 3 semaines. Mais, une histoire sans fin, ce n’est pas vraiment une histoire, non ? Et puis, parfois, même quand on connaît le résultat, revoir une rétro c’est parfois plaisant (enfin, tout dépend de la rétro, Twickenham 99 c’est quand même vachement mieux que Séville 82).

 

Bon, dans les conditions du direct, donc, comme y disent à la télé.

 

Ce matin, tout va (presque) bien. A froid, avant l’étape, je boitais des deux jambes. Mais là je peux courir. Les soins de Mélyne depuis plusieurs soirs se concrétisent. Le releveur droit et le tendon d’Achille gauche ne plient pas beaucoup, mais au moins, ça permet de courir (presque) sans douleur.

 

Je peux donc reprendre le rythme des premières étapes : 7 minutes de course, 1 minute de marche, 7 minutes de course, … avec ça, je peux courir jusqu’au bout du monde, c’est une petite allure pas très fatiguante. Et le délai éliminatoire est peu à peu distancé.

 

Sauf que … quand même, qu’est-ce c’est ennuyeux, qu’est-ce que c’est vilain. Nous venons de quitter la côte Adriatique et nous piquons vers le nord, dans les terres, en direction du Pô. Et les routes empruntées restent toujours aussi moches, aussi urbaines et … aussi pleines de trafic. Je viens de comprendre la logique de la course : il ne s’agit pas de visiter l’Europe, il s’agit de tirer au plus droit, au plus court, vers le Cap Nord. Et cette perspective m’enchante plus que moyennement.

 

Confusément, j’attendais d’en finir avec la SS16. Mais là, ça reste le même topo. Et René le leader qui me disait hier soir qu’en Allemagne, les routes seraient globalement du même tonneau.

 

Devant, il y a la silhouette déhanchée de Sigrid ; Sigrid, c’est une histoire à elle toute seule. 70 ans, berlinoise de l’est, s’est mise à courir partout dans le monde quand le mur est tombé. Elle trébuche plus qu’elle ne court, sa silhouette décharnée donne l’impression qu’elle va s’effondrer en permanence. Mais c’est sa façon de courir : c’est une vraie balèze qui termine presque toutes ses courses. Mais en voyant Sigrid, j’ai l’impression de me voir. C’est à ça que je ressemble ? Boudiou, avoir cette foulée, pendant encore 3800 km, et rien que sur des bandes d’arrêt d’urgence, ça ne fait plus vraiment rêver.

 

Et puis soudain, je prends conscience que, depuis une bonne demi-heure, clignote devant mes yeux la réponse à l’une des questions que je me posai depuis pas mal de temps.

 

OK, message reçu, quête terminée.

 

Pour ceux qui attendent de l’héroïsme, du palpitant, de la bagarre, genre « il s’est traîné sur la route jusqu’à son dernier souffle » ou bien « la douleur avait atteint son paroxysme », ben, vous allez être déçu, c’est beaucoup moins exaltant. Simplement atteindre le ravito, s’asseoir sur une chaise, et annoncer au bénévole l’abandon. Bien sûr, s’il s’était agit de la dernière étape, j’aurais pu rejoindre l’arrivée. Physiquement, je n’avais plus trop de douleur et le cut-off était resté gentiment derrière, aujourd’hui. Mais dans la tête, ça devenait insupportable de se traîner ainsi dans des paysages péri-urbains ou à grand traffic.

 

Curieusement, aucune déception, aucun regret. Peut-être que ça viendra plus tard ? Juste un sentiment de … liberté. Pour la première fois depuis 10 jours, ne plus avoir à se dépêcher pour boucler l’étape, pour se laver, pour se soigner, pour manger, et bien, … ça fait un bien fou.

 

Là, où ça se complique un peu, c’est en retrouvant la famille. Galléa et Ti-Yann pleurent, Koline ne veut pas que j’abandonne et me prend la main pour que l’on courre ensemble et Mélyne, déçue, fait la tête. Les enfants pleurent et Mélyne boude ? Chouette, c’est la vie normale qui reprend : Ca manquait.

 

Curieusement, je suis très détaché de cet abandon, alors que c’est quand même un événement préparé depuis plusieurs années. J’avais été beaucoup plus ému en apprenant l’abandon de Ahn, le coréen, il y a quelques jours. Là, ça ne représente guère plus qu’un match de foot perdu. Ca reste du sport. Sauf que, d’autres coureurs sont déçus pour moi. Le monde à l’envers. Bon, du coup, faut que … j’aille consoler certains de ceux qui sont encore en course ! « I’m so sorry » Et bien, il ne faut pas mon gars. Personne ne m’a obligé à m’inscrire sur cette course, personne ne m’a obligé à abandonner. Au petit jeu de la consolation, c’est Hiroko qui remporte la palme. Mélyne m’indique que la guerrière japonaise, leader de la course féminine, pleure tranquillement dans un coin du gymnase. Bon après un quart d’heure, on arrive à rire ensemble, mais elle semble bien déçue quand même. Le plus bluffant, c’est Stéphane « Quand même, il faut vachement de courage pour abandonner, moi, je ne saurais pas ». Euh, t’es sûr là ? le courage, c’est plutôt de continuer, non ? C’est plutôt assez lâche d’abandonner ?.

 

Enfin bref, je suis à présent hors de la course. Plus besoin de soin, de massage aux anti-inflammatoires, de bas de contention. Qu’allons-nous faire à présent ? Mélyne et moi ne savons pas trop. On va quand même aller au Cap Nord, parce que cela reste l’objectif familial. Mais on va y aller de manière plus conventionnelle, en utilisant un moteur qui pue et qui pollue. Par quel chemin et à quelle vitesse ? Ce n’est pas très important.

 

Portez-vous bien et que cela ne vous empêche pas de faire de la course à pied.

Nous coupons le contact et filons nous perdre dans les fjords et les forêts de sapins.

 

Cordialement

Jean-Hervé (Beaujo’)

et Mélyne

 






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Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 22:17

CHRONIQUE DE L'ETAPE 9


Bonjour à tous,

 

Ce matin, ça va … un peu mieux. Mélyne s’est occupée hier soir de mes chevilles. J’arrive à courir environ … 45 secondes d’affilée. Super, non ? J’alterne donc 15’’ de marche et 45’’ de course. Ca ne va pas très vite, mais ça permet d’être un peu plus serein par rapport au spectre du délai éliminatoire. D’ailleurs ce délai, 6 km/h, il est plus dur que sur la Transe-Gaule (5,5) mais il est quand même beaucoup plus pratique pour le calcul mental.

 

Grâce à ce fractionné new-look, je ferme la marche du peloton, certes, mais il y a des coureurs en vue devant, ce qui fait toujours du bien pour le moral. Et puis surtout, il fait beau et nous passons un cordon de collines. Cette région de Marche est vraiment très belle, je prends beaucoup de plaisir sur le bitume. Ca n’avance pas vite, mais ça avance et les lacets tournicotent à souhait entre les vignes et les forêts.

 

Je me dis que les organisateurs ont enfin trouvé des routes un peu touristiques. Mouais. A partir du 40ème kilomètre, on retombe sur la côte de l’Adriatique et sur un environnement péri-urbain. On entre en Emilie Romagne qui n’est pas réputée pour ses reliefs. C’est déjà moins enchanteur, comme cadre, la motivation retombe. Il reste 35 bornes environ. Mon seul but est à présent de traîner le bonhomme jusqu’à l’arrivée. Sentiment de lassitude. Et de faiblesse aussi. A un moment, par curiosité, je regarde ma vitesse de course : 6,2 km/h ! Pourtant, en cherchant quelques reflets dans les vitres, pas de doute, je suis bien en position de coureur à pied. Mais peut-on encore parler de course à cette vitesse, là ? Le soir, j’aurai une explication partielle à cette faiblesse. A chaque ravito, je prends 2 verres de coca et de l’eau plate avec du sel. Avec ça, je tiens énergétiquement jusqu’au ravito suivant. Ben, en fait, depuis ce matin, on nous sert au ravito du … coca light (sans sucre) ! Sûrement impec pour ne pas prendre de poids, mais pour courir …

 

Ce qui me fait marrer (enfin marrer n’est pas le mot car l’ambiance est assez morose), c’est de constater que je n’ai plus vraiment mal en cette fin d’étape mais que je n’arrive pas à accélérer pour reprendre une vitesse plus traditionnelle. Je lève un pied, et grâce au vent du sud qui pousse fort, je tombe vers l’avant. A cet instant, je pense que si le vent avait été de face, j’aurais … reculé à chaque foulée.

 

Bon, encore une étape de bouclée. C’est la 9ème. Sur la Transe-Gaule, on serait à mi-course. Là, on n’en est encore qu’au début. C’est également la 3ème étape consécutive à plus de 70 bornes. Après l’arrivée, il n’y a le temps de rien faire. Ca va encore être bise aux enfants et dodo L. Pas vraiment familial pour l’instant, ce projet.

 

Cordialement

Jean-Hervé (Beaujo’)

et Mélyne








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Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 22:09


CHRONIQUE DE L'ETAPE 8


Hello

 

Et bien aujourd’hui, ce fut chaud comme étape. Failli quitter la course à plusieurs reprises. La faute au tendon d’Achille droit. Dès le réveil, il est tout raide. Et au départ de l’étape, il reste encore raide. Je suis donc parti en marchant, en attendant qu’il se réchauffe. Rapidement, je me suis retrouvé isolé à l’arrière de la course. Et devant se dressait un « poggio » (rien à voir avec le fameux Poggio de Milan San-Remo : un poggio c’est un (gros) amas de roches, qui bloque la route de la côte et qui nécessite de passer par-dessus pour le franchir. Quand c’est petit, les italiens appellent ça un poggiolino, c’est joli). En attendant, joli ou pas, faut se le coltiner ce poggio. Surtout en marchant, surtout à 5 km/h, et surtout, en …se perdant. Boudiou, au lieu de prendre la route du col, j’ai tiré tout droit, direct vers le sommet.

 

Me voilà donc perdu, en retard sur les délais éliminatoires, avec une cheville bloquée, et déjà 2h d’effort. Là, c’est un grand coup de blues : j’ai beau grogner, insulter la cheville, la taper contre le sol, rien n’y fait. Cette p..... de cheville reste raide comme un cierge. Et je me vois mal lutter sur le bitume, pendant encore 10h, pour essayer de finir l’étape dans les délais. L’option de l’abandon est la plus simple, ou du moins la moins douloureuse.

 

Oui, mais … le premier ravito, je l’ai manqué en me trompant de chemin. Au second ravito, j’aperçois devant Théo le Hollandais (qui arrivera hors délai le soir). Je ne peux pas arrêter là, alors que lui poursuit sa route. Je vise donc l’abandon au 3ème ravito. La marche forcée dans les collines continue donc. J’ai à présent 15 minutes de retard sur le délai éliminatoire. Les meilleurs coureurs (ceux qui partent une heure après le gros de la troupe) me doublent à présent. Ils m’encouragent mais ce que je lis dans leurs yeux est terrible : je vois bien que peu d’entre eux croient à ma réussite. Cette vision, au lieu de sonner la révolte, va me conforter dans l’idée d’abandon.

 

Et c’est là, dans les lacets qui redescendent vers Ancône, qu’un petit coup de pouce du destin va se produire. Au milieu de mes pleurs (ben oui, quand on a mal et qu’on est désespéré, ben, on pleure, …), je vois une voiture immatriculée en France. Il me faudra pas mal de secondes pour réaliser que ce sont mes beaux-parents. Ils arrivent pile poil quand il faut. Mon beau-père enfile sa tenue et vient me rejoindre. En discutant des derniers résultats sportifs (il a apporté l’Equipe, eh, eh), il va réussir à me remettre en route. Oh, ça ne va pas beaucoup plus vite. Mais au moins, on est un poil plus rapide que le délai éliminatoire. Après 6h d’effort, on rattrape ce satané cut-off. On est à mi-étape, il reste 36 bornes, si on reste à cette allure, on sera à l’arrivée ce soir et sur la ligne de départ demain.

 

Le paysage est à nouveau aussi moche que les jours précédents. La mer n’est qu’à 60 mètres, mais on ne la voit pas. Nous en séparent une voie ferré, et une autoroute urbaine de 4 voies au bord de laquelle nous courrons. Théo a été depuis longtemps doublé, on tombe sur le « French train », le groupe de Christophe, Roger et Alain qui font route commune depuis Bari. Sur nous 4, 3 traînent la patte.Ah, il a vraiment fière allule ce train : Est-on encore dans le domaine du sport, là ? Christophe fait des toutes petites foulées à cause de son releveur. Mais c’est Roger qui a la palme. Sa cheville est plus grosse que son genou. Il avance depuis le matin avec ses bâtons de randonnées. Il s’est remis à pleuvoir, mais parmi eux, j’ai à nouveau chaud, je me sens bien. Je sais que nous allons finir l’étape ensemble, nous avons 20 minutes de marge sur le délai éliminatoire.

 

Mon beau-père s’arrête à l’avant dernier ravitaillement. Faut dire qu’il vient de se coltiner plus de 40 bornes. Pour son premier marathon, il s’était entraîné 6 mois. Pour son second, il a juste … sauté de la voiture après une nuit blanche ! Merci Pépé d’être arrivé au bon moment.

 

73,5 bornes, 12 heures et des poussières d’effort, j’ignore ce qu’on fait les enfants et Mélyne de leur journée. Ce sera juste douche, lessive, repas et … dodo !

 

Ce fut chaud aujourd’hui


Cordialement

Jean-Hervé (Beaujo’)

et Mélyne








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Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 12:00

CHRONIQUE DE L'ETAPE 7


Bonjour à tous,

Et une semaine de course, une. Il n’en reste plus que … tout plein. Bon, côté mauvaises nouvelles : Jürgen l’allemand n’est pas reparti hier matin, et Ahn le Coréen a été arrêté par le directeur de course ce matin en raison de son trop grand retard. Le peloton perd donc 2 unités. Dommage, c’étaient 2 gars qui auraient pu devenir des copains.

Côté bonne nouvelle, j’étais bien content ce matin de partir pour une étape de taille normale (71 bornes). Après respectivement 62, 57 et 49 km, ça devient un peu plus sérieux. Mon releveur droit ne se fait quasiment plus sentir (la cheville reste rouge et enflée, mais du moment que ce n’est pas douloureux, …). Par contre le tendon d’Achille droit devient un peu raide. Ce truc là, ça ne m’est jamais arrivé, et Mélyne et moi ignorons donc comment ça se soigne. On verra.

Mais revenons donc à la chasse au Nami. Vous prenez un peloton déjà un peu réparti sur les bas-côtés, vers le 10ème kilomètre. Russel était derrière moi à 200 mètres environ, et Nami (un diminutif japonais, j’ignore son prénom entier) était devant moi à 200 mètres environ. Il y avait donc le choix soit attendre Russel, soit chasser le Nami ! Le Nami, j’ignore comment ça se chasse. Mais, là, pour une fois que j’en avais un dans le viseur, je n’allais pas laisser passer ma chance. J’ai donc essayé pendant 3h (entre le 10ème et le 35ème kilomètre) de rattraper le Nami. Hélas, ses pauses photos étaient plus courtes que mes pauses pipi, et l’écart n’avait pas tellement diminué.

Etant novice en chasse au Nami, j’ai préféré abandonner la poursuite : le Nami ne se prend pas aussi facilement que ça visiblement. J’ai opté pour le plan B : finir avec Russel. Russel m’a rejoint, on s’est mis en ordre de marche et on a commencé à enquiller ensemble les kilomètres, juste pour finir l’étape. Et c’est alors que trois nouvelles heures plus tard, revient dans notre viseur le Nami. Vous savez, ça titube un Nami fatigué, ça zigzague un peu sur la chaussée. Russel et moi, superbement, dépassons donc le Nami. Petite tape dans la main, mais pas plus : un Nami s’achève dans la dignité. On était bien content de l’avoir doublé. Il en faut peu, sur la route, pour être content.

Et puis, et puis, sur une superbe ligne droite en bord d’Adriatique, un jap (dont j’ignore le nom) nous double à 3 kilomètres de l’arrivée. Mais le Jap, ça chasse en meute normalement. Et là, Russel se retourne. Boudiou, le Nami est là à 50 mètres ! Russel c’est quelqu’un de sage (enfin d’habitude) : nous étions dans notre minute de marche, et là, il repart à fond la caisse en courant ! Lui aussi devait chasser le Nami. Moi, ce genre de gamineries, ça m’éclate (même si c’est tout sauf recommandé sur une course par étape). Je relance la foulée. Et nous voilà, le Jap numéro, moi, Russel, et le Nami à prendre nos jambes à nos cous. Ce n’était plus la chasse au Nami, mais c’était la chasse au Dudu. Faut pas confondre quand même ! On déboule ainsi, hilares, sur la ligne d’arrivée. Mélyne a même cru que Russel et moi nous étions arrêté en cours de route pour boire des bières. Mais ce n’était pas la peine de bomber autant. On lui a mis 3 minutes finalement, au Nami !

Bon, je vous laisse. L’heure du repas sonne. Hier soir c’était un tel bordel le repas, que ça a vraiment râlé parmi les coureurs. Et quand faut râler, je ne laisse pas ma part au chien.

Bisous

Jean-Hervé (Beaujo’)_ka_les_jambes_lourdes_après_ce_sprint_final
et Mélyne






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Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 11:55


CHRONIQUE DE L'ETAPE 6


Hello

Bon, cette étape fut sûrement la plus facile techniquement de toutes les courses par étapes de toutes les époques et de tous les continents. Moins de 50 bornes, que du plat (à la louche, si on a fait 40 mètres de dénivelé positif, ça doit bien être le bout du monde), un temps frais.

Pour autant, ce fut physiquement un peu compliqué. Mes batteries sont totalement à plat. D’abord parce que mes premières étapes ont été un peu trop rapides par rapport à mon niveau intrinsèque. Ensuite parce que la nourriture n’est pas à la hauteur des besoins de la course. Dimanche veille de la première étape ce fut pâtes, sans entrée, sans viande, sans dessert, sans vin. Lundi veille de la deuxième étape ce fut pâtes, sans entrée, sans viande, sans dessert, sans vin. Mardi, … bon vous aurez compris, on mange des pâtes (et que des pâtes) le soir, et du pain (et que du pain) le matin. Autant dire aucune vitamine, ni nutriment. Et après on s’étonne de se sentir faible ! J’en arrive même à souhaiter manger des légumes, c’est dire !!!

Et puis, j’arrive pas à faire la sieste après l’étape, et mes nuits sont un poil agitées. Donc, malgré aucun pépin musculaire, ce n’est pas la grande forme …?  Ça manque vraiment de ressort tout cela. J’ai même eu carrément froid aujourd’hui pendant une dizaine de bornes.

En attendant, Mélyne est contente, elle a l’impression que je lui ai obéit en ralentissant. Sauf que, … c’est pas tellement que j’ai ralenti, c’est que je ne peux pas faire autrement !

Bon, arrêtons là le Caliméro, passons à l’anecdote du jour. J’ai passé les 20 derniers kilomètres de l’étape à jeter des sourires aux nanas sur la plage. On pas dire qu’il y ait eu beaucoup de retour. J’ai demandé leur avis aux deux officiers de l’armée Suédoise. Mathias, promis juré, il n’a regardé aucune fille (mouais, on y croit, les brunes ça ne court pas son pays…). Andréas, lui, a eu le même problème. On en a déduit ensemble que soit les italiennes étaient timides, soit nous devions vraiment avoir une sale gueule.

Mélyne et les enfants se sont fait un super resto (italien) : tous les objectifs italiens sont désormais atteints : pizza, pâtes, tiramisu. Il reste à finaliser le tableau avec une glace à l’italienne (vous savez ces glaces immenses qui montent en tourbillon) sur la plage. Les enfants sont en train se sortir de leur frustration initiale et arrivent d’avantager à communiquer avec la centaine de non francophones. Ce sont à présent des experts pour repérer, dans chaque nouveau gymnase quotidien, les lieux pour les douches, les toilettes et la vaisselle. Et ils s’éclatent chaque après midi en vélo pour apprivoiser les alentours du gymnase. Ils parlent beaucoup de leur école et de leurs copains. Ils sont un peu partagés entre le fait de se sentir privilégiés et le fait d’être en dehors de l’activité de leur classe. Ils parlent maintenant du camping-car en disant « on rente à la maison ».

La remontée de l’Italie se poursuit, nous venons juste de quitter les Abruzzes pour revenir dans les Marches. Dans quelques jours, nous quitterons la côte pour piquer vers les Alpes. Les paysages vont changer ?

Bisous à tous
Cordialement Jean-Hervé (Beaujo’)
et Mélyne

PS : spécial pépé. Merci de venir avec quelques exemplaires de l’Equipe. On vient d’apprendre que l’OL avait perdu à Bordeaux. Et Galléa aurait besoin de quelques romans pour pouvoir bouquiner sur la plage.






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Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 11:50

CHRONIQUE DE L'ETAPE 5


Hello, bonjour à tous.

Après les étapes apéritifs, j’ai le sentiment d’être entré dans la course : chaleur, quelques enchaînements de côtes, foulée rasante et blessure. Ça devient sérieux, et du coup les kilomètres passent beaucoup moins vite. On en devient dans ces conditions superstitieux. L’un de mes frangins m’a donné, avant le départ, un livret avec 64 citations, pour chacune des étapes, afin de méditer sur la route. Hier, ben, je n’ai pas eu le temps le matin de lire la citation et … je me suis blessé ! Ce matin, le premier truc a donc été de lire la citation du jour. Allez je vous la livre : « la grande différence entre l’amour et l’amitié, c’est qu’il ne peut y avoir d’amitié sans réciprocité ». Je vous laisse philosopher là-dessus …

Grâce aux soins de Mélyne sur mon releveur, j’ai pu courir l’étape a peu près normalement, mais … au ralenti. L’avantage, quand on n’a qu’une seule cheville de touchée, c’est qu'un coup ça fait mal, un coup ça ne fait pas mal. Foulée douleur, foulée bonheur. Si nos calculs sont bons, dans trois jours, la blessure (enfin sa partie douloureuse) sera derrière nous.

En attendant, ben, la chaleur s’est abattue sur la route. Honnêtement, je déteste la chaleur et le soleil. Va expliquer à ton corps que après des mois d’entraînement par des températures négatives, il lui faut désormais courir sous le soleil. Jusqu‘à -15°, je suis en short. Fallait avoir la foi pour sortir courir 25 bornes de 5 à 7h, entre Noël et le jour de l’an, alors que ta famille est à la maison. Et là, pan, d’un coup, tu dois courir avec 25°C en plus. Ce fut assommant. Soleil dans le dos, pas d’ombre sur la route, des palmiers épars en guise de végétation.

Heureusement, devant se traînait Russel le britannique, qui n’aime pas plus le soleil. Lui aussi semblait bien cuit. Alors, tacitement, nous avons uni nos « cuites ». Russel, je l’apprécie beaucoup, nous avons couru ensemble la Transe Gaule 2005. Si tous les anglais étaient comme lui, et bien d’une part nous n’aurions pas cette rivalité ancestrale, et surtout, nous gagnerions beaucoup plus souvent nos matchs de rugby contre la perfide Albion !

Pour tenter d’oublier notre allure désespérément lente, j’ai branché le walk-man. Pour vous dire la vitesse des neurones dans cette situation, la chanson qui est restée est « Je m’appelle Lalabelle – et chaque fois que je veux – je donne un morceau de ciel – moi j’aime les gens heureux ». On est bien loin des citations du frangin !

Et puis la chaleur a quand même eu une vertu. Le corps a ceci de formidable qu’il n’additionne pas les douleurs, mais il ne retient que la plus forte. Avec un problème au releveur, tu ne sens plus tes ampoules. Avec un problème de chaleur, tu ne sens plus ton releveur. C’est bien foutu quand même, non ?

Allez l’anecdote du jour : pendant les 24 premiers kilomètres, j’ai papoté en anglais avec Markus. Ce n’est qu’au ravito que, en entendant Mélyne, nous nous sommes aperçus que nous étions tous les deux … francophones. On a décidé que, somme toute, ce serait plus simple, de papoter en français !

Les enfants s’éclatent : goûter sur la plage hier, vélo dans le camping, et quelques foulées en ma compagnie sur la plage de Pescara. On a pris une photo des enfants en train de faire leurs devoirs. Comme ça, si l’inspecteur d’académie nous interroge, on aura des preuves. Leur rythme quotidien se prend peu à peu. On prend notre petit dej’ ensemble, moi lors du ravito et eux dans le camping-car.

Cordialement
Jean-Hervé (Beaujo’) et Mélyne






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Par Thierry D. - Publié dans : Chroniques de J.H. Duchesne
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